Il est des rencontres qui ne s’effacent pas.
J’ai rencontré Émile il y a plus de trente-cinq ans aux « Collets Rouges » à Vitrolles où il faisait une conférence. À l’époque déjà, son nom circulait dans le milieu de la randonnée au long cours. Non comme une figure médiatique, mais comme quelqu’un qui avait fait. Vraiment fait.
En 2008, j’ai suivi un stage avec lui. J’y suis allé en stagiaire, avec mes certitudes, mon expérience d’extérieur, mes habitudes.
Je suis reparti avec des questions supplémentaires — et quelques évidences en moins.
C’est précisément pour cela que, des années plus tard, je l’ai invité à venir travailler ici.
Ce passage est important.
On peut apprécier un auteur.
On peut recommander un livre comme Techniques du voyage à cheval.
Mais décider d’accueillir quelqu’un chez soi pour transmettre son exigence, c’est autre chose.
Si j’ai organisé quatre stages au Gîte « Les Roche », ce n’est pas par fidélité nostalgique. C’est parce que l’enseignement reçu en 2008 m’avait marqué par sa rigueur.
Je savais ce que cela apporterait ici :
une confrontation directe avec le réel.
Ce que le stage m'avait appris
Je me souviens très bien de ce moment-là.
Je pratiquais déjà beaucoup l’extérieur. Je pensais connaître les contraintes du terrain. Pourtant, certaines évidences sont apparues :
une charge “raisonnable” peut devenir excessive sur la durée
un harnachement acceptable sur une journée devient problématique sur plusieurs semaines
une petite erreur répétée finit par coûter cher au cheval
Ce n’était pas spectaculaire.
C’était précis.
Et c’est cette précision qui m’avait convaincu.
Lorsque Émile est venu travailler au gîte » Les Roche » j’ai retrouvé la même cohérence.
Au sol :
le matériel est démonté
les charges sont pesées
les sacoches sont équilibrées
les approximations sont corrigées
Autour des chevaux :
on observe le dos
on ajuste
on modifie
on explique pourquoi
Les dizaines de photos et de vidéos réalisées ici montrent cela.
Pas des exploits. Du travail méthodique.
On parle souvent de liberté lorsqu’on évoque le voyage à cheval.
Émile parle d’autonomie.
La nuance est essentielle.
L’autonomie suppose :
compétence technique
anticipation
capacité à réparer
capacité à renoncer
Le cheval, lui, n’a pas choisi le voyage.
Il subit nos erreurs.
Accueillir ces stages n’était pas anodin.
Depuis ce temps, j’ai continué à pratiquer, à observer, à enseigner. Mais cette exigence technique reste un repère.
Il me paraît important de rappeler que le voyage est d’abord une logistique et une responsabilité.
Inviter Émile ici, c’était affirmer cela.
Techniques du voyage à cheval reste un ouvrage majeur.
Mais le voir expliquer, corriger, ajuster devant des cavaliers change encore la perspective.
Le livre transmet un savoir.
Le stage transmet une posture.
Une manière d’aborder le cheval, le matériel, la durée.
Pour ceux qui veulent réellement voyager à cheval, il est bon de rencontrer une expérience éprouvée.