Charlotte Dujardin (suite)

Le texte que j’avais publié à propos d’une vidéo largement commentée a suscité de nombreuses réactions, souvent très tranchées. Parmi elles, une réponse m’a paru se distinguer par sa prudence et sa justesse : elle ne cherche ni à excuser, ni à condamner sans savoir.
Je la reproduis donc ici intégralement, parce qu’elle pose une question essentielle : que savons-nous réellement d’une situation réduite à quelques images ?

« Alors, déjà, s’agissant de « viol » je ne parlerais pas pour ma part de « valeur ». il ne s'agit pas de savoir si, dans ce cas, ce fut dénoncé tardivement ou précocement, mais simplement quand ce le fut, et tellement bien à propos à deux doigts des olympiades. Encore une fois, j’ai vu comme tout le monde quelques images, elles ne m’ont pas plu, mais je reconnais en ignorer totalement le contexte, et je me méfie énormément des images à notre époque ( je ne parle pas d’I.A. évidemment, mais juste de la manipulation intensive de l’information à tous propos). Par exemple, mais peut-être suis-je mal informé, je n’ai pas lu ou vu qu’on évoquât le nom du cheval ni celui de sa propriétaire, ni évidemment celui du « reporter » qui filma la scène; C.D. était donc la seule ciblée par cette vidéo, et donc, l’information déjà orientée. Cela me gène un peu pour me faire une idée. J’ai assisté à des stages par exemple, au cours desquels le(la) maître de stage se trouvait fort embarrassé(e), face à un cheval qui n’avait pas le niveau espéré par sa propriétaire, qui elle-(lui) même n’étant pas au niveau, avait nourri des espérances payées malgré tout fort cher. Dès lors que faire ? c’est un peu comme un piège pour le maître de stage… Tout cela pour dire que je ne cautionne pas évidemment, mais je ne juge pas sans savoir vraiment. Je crois que pour le coup elle s’est vraiment fait piéger dans un moment de faiblesse, inexcusable dans l’absolu, mais peut-être compréhensible compte tenu des « éléments de la cause » que j’ignore. Vous et moi ne saurons jamais de toutes façons. »

Ce point me semble d’autant plus important que le débat actuel dépasse très largement un cas particulier.
À force de vouloir juger une discipline comme le dressage — qui n’est certainement pas la plus brutale des pratiques équestres — on ouvre en réalité une porte beaucoup plus large.

Car si l’on considère que :

  • l’exigence sportive est suspecte,

  • la répétition du travail est condamnable en soi,

  • l’utilisation du cheval comme partenaire de performance devient moralement inacceptable,

Alors ce n’est plus une méthode que l’on critique, ni même une discipline.
C’est l’ensemble de l’équitation sportive qui devient indéfendable : dressage, saut d’obstacles, concours complet… et, au bout du raisonnement, toute forme de compétition avec des chevaux.

Supprimer ces activités, ne serait pas seulement arrêter des pratiques.
C’est aussi faire disparaître tout un écosystème d’élevage, de sélection, de travail quotidien, qui donne précisément à ces chevaux leur raison d’être, leur valeur et leur place dans notre société.

Un cheval d’élevage sportif n’est pas un objet interchangeable.
Si la fonction disparaît, la population disparaît aussi — ou change radicalement de destin.

L’image qui accompagne ce texte n’est donc pas là pour provoquer.
Elle rappelle simplement, de manière volontairement concrète, ce que devient une espèce animale lorsque la société ne lui reconnaît plus d’usage partagé avec l’homme.
L’histoire du cheval, en Europe, l’a déjà montré.


La question n’est donc pas : faut-il être exigeant, attentif, critique ?
Bien sûr que oui.

La vraie question est : jusqu’où va la critique ?
Corrige-t-elle des dérives, ou finit-elle par délégitimer ce qu’elle prétend améliorer ?

 

C’est cette ligne de crête, fragile, que je propose d’examiner.

 

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Pierre-Jean ROCHE

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