Charlotte Dujardin, une vidéo, et la question que l’on ne pose plus

Charlotte Dujardin, une vidéo, et la question que l’on ne pose plus


Parmi mes petits moments de bonheur, il y a quelques années, il y a eu celui-ci : regarder une reprise de Charlotte Dujardin.
Je n’avais jamais pris autant de plaisir à regarder du dressage.
Un plaisir rare, presque oublié, qui m’a rappelé ce que ce sport peut produire quand il est porté à son plus haut niveau.

Quelques semaines avant les Jeux olympiques de 2024, une vidéo datant de plusieurs années refait surface.
Une seule vidéo.
Un extrait hors contexte.
Et une sanction immédiate, lourde, définitive sur le plan sportif et symbolique.

Le geste montré n’est pas souhaitable.
Je ne le nie pas.
Mais le raisonnement collectif posé dessus me laisse profondément mal à l’aise.


Effort, exigence, contrainte : des réalités structurelles

Le dressage de haut niveau n’a jamais été neutre.
Il repose sur l’effort, l’exigence, la précision, la contrainte maîtrisée.
Pas par goût de la dureté, mais parce que le niveau atteint l’exige.

La question n’est donc pas de savoir s’il existe de la contrainte — elle existe partout où l’on cherche l’excellence — mais comment on la hiérarchise, comment on la comprend, et à quel moment on décide qu’elle devient inacceptable.


Une sanction disproportionnée ?

Ce qui interroge ici, ce n’est pas seulement un geste.
C’est la facilité avec laquelle une carrière entière peut être disqualifiée sur la base d’une image isolée.

Une carrière faite de régularité, de résultats, de chevaux différents, de constance au plus haut niveau.
Une carrière admirée jusqu’alors, parfois idéalisée.

Comment en est-on arrivé à ce point ?
À partir de quand une vidéo suffit-elle à effacer tout le reste ?


Une question d’échelle, de seuil, de tolérance

Il me semble que nous sommes face à une question d’échelle.
De seuil.
De niveau acceptable, différent selon les individus, les expériences, les cultures équestres.

Aujourd’hui, ce seuil semble se déplacer.
De plus en plus bas.
Mais selon quels critères ?
Et surtout : qui décide du seuil commun ?


Penser plutôt que juger

Je ne cherche pas à défendre.
Je ne cherche pas à excuser.
Je cherche à comprendre.

Peut-on encore penser le haut niveau avec honnêteté ?
Peut-on protéger les chevaux sans renoncer à comprendre le travail réel, dans sa complexité et ses zones inconfortables ?
Peut-on accepter que la morale ne soit pas un couperet, mais un champ de réflexion ?

Je n’ai pas toutes les réponses.
Mais je ne peux pas me satisfaire de celles que l’on nous propose aujourd’hui.

 

Ce texte n’est pas une conclusion.
C’est une ouverture.

 

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Pierre-Jean ROCHE

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