L’expression
apparaît dans un contexte précis, portée par des intentions diverses, et s’adresse à des publics très différents au départ.
Pour en comprendre le sens, il est donc nécessaire de revenir à son origine, puis à sa transmission.
Je précise que je ne suis pas un spécialiste ni un adepte, mais, si j ‘ai bien compris, chez François Baucher, à qui est attribuée cette pensée, elle s’inscrit dans une période de remise en
cause de l’équitation antérieure. Elle s’adresse à une élite cavalière cultivée, souvent urbaine, marquée par la volonté de se distinguer des pratiques plus anciennes, jugées grossières ou
dépassées. Il s’agit alors d’une équitation volontairement savante, en rupture avec une équitation plus directement issue du terrain, telle qu’on peut la retrouver chez le comte d’Aure.
Dans ce contexte, la phrasene fonctionne pas comme une consigne technique, mais comme un marqueur de modernité et une manière d’affirmer une équitation plus fine, plus intellectualisée.
À ce stade, il ne s’agit pas d’un mode d’emploi destiné à tous, mais d’une prise de position dans un débat d’idées.
Lorsque
cette idée est reprise et diffusée par le général Lhotte dans son ouvrage Questions équestres, destiné à l’instruction militaire, le
cadre change profondément. Le public n’est plus une élite cavalière choisie mais des instructeurs chargés de former efficacement un grand nombre de cavaliers. L’objectif n’est plus la distinction
intellectuelle, mais la clarté, la reproductibilité et l’absence d’ambiguïté dans l’enseignement.
La formule devient alors un outil pédagogique, presque une consigne. Ce qui relevait initialement d’une idée à discuter tend à se transformer en règle à appliquer. À ce moment-là, le sens
commence déjà à se déplacer.
(J'ai toujours eu une fâcheuse tendance à me méfier d'une pensée floue adaptée à la norme militaire.)
Dès cette époque, la même phrase ne s’adressait plus aux mêmes personnes. Entre l’auteur initial et son relais, l’idée change de public, change d’objectif et change de statut. Elle peut alors être comprise différemment, voire reproduite hors de son intention première. Ce phénomène n’est pas propre à cette époque ; il est fréquent dans l’histoire même de l’équitation écrite.
Si cette
phrase continue aujourd’hui de susciter débats et malentendus, ce n’est pas par hasard. C’est parce qu’elle circule souvent sans son contexte ni son intention.
Avant de juger si elle est « juste » ou « fausse », il convient donc de se demander à qui elle s’adresse, dans quel cadre, et pour quel usage réel à cheval.
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