Le mulet, monture d’hier et d’aujourd’hui
On associe volontiers la progression en montagne ou en terrain difficile au cheval, à pied ou, plus récemment, à la machine. Pourtant, depuis longtemps, ce sont les mulets qui ont permis d’aller plus loin, plus longtemps, et chargé.
Issu du croisement d’un âne et d’une jument, le mulet a été largement utilisé en France dans les zones où la pente, l’étroitesse des chemins et la durée des déplacements imposaient des compromis sévères. Robustesse, endurance, sobriété : là où le cheval atteint ses limites, le mulet continue. Et aujourd’hui encore, pour accéder à des territoires reculés, il reste un outil pleinement pertinent.
Le portage à dos de mulet permet de franchir des secteurs où aucun véhicule ne passe et où l’homme seul ne peut transporter que l’essentiel. Nourriture, matériel de bivouac, équipements techniques : l’animal de bât redonne de la profondeur au déplacement, sans artifice, sans dépendance mécanique.
La supériorité du mulet comme animal de bât tient largement à son ascendance asine. Contrairement au cheval, animal de fuite, l’âne est un animal d’analyse et de confrontation. Il s’arrête, observe, choisit son appui. Ses sabots courts et durs offrent une excellente adhérence sur les sentiers pierreux, étroits ou instables. Sa peau épaisse limite les blessures liées au harnachement et les problèmes de garrot, fréquents chez le cheval en portage prolongé.
Regarder un mulet, c’est d’abord regarder un âne renforcé, et c’est souvent là que se fait l’erreur d’appréciation.
En France, cette réalité n’a jamais été ignorée par ceux qui travaillaient en montagne. Longtemps, les mulets ont accompagné les bergers, les forestiers, les muletiers civils, mais aussi les unités militaires spécialisées dans le combat et la logistique en terrain difficile, notamment les Chasseurs alpins.
Dans ces contextes, la journée commence tôt. Nourrir, observer, vérifier les animaux, puis entrer dans le travail technique. Le matériel est trié par poids, chaque charge attribuée à un mulet capable de la porter sans excès. L’équilibrage est contrôlé avec précision, les nœuds choisis en fonction de la forme et de la masse du chargement. Une charge mal répartie ou un nœud approximatif peuvent compromettre toute la colonne.
Le portage n’admet ni approximation ni précipitation. Il exige du sens animal, de l’attention constante et une connaissance fine du terrain. Cela ne s’improvise pas. L’apprentissage passe par la pratique, l’observation et la transmission, loin des discours théoriques ou des recettes simplifiées.
Discret, patient, souvent mal compris, le mulet continue donc de faire ce qu’il a toujours fait : porter, ouvrir la voie, et rappeler que le déplacement réel commence là où les solutions faciles s’arrêtent.
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