François Rabelais Le quart livre
Equitation médiévale
La poultre [pouliche], tout effrayée, se mist au trot, à petz, à bonds, et au gualot, à ruades, fressurades, doubles pedales et petarades, tant qu’elle rua bas Tappacoue, quoy qu’il se tint à
l’aube du bast de toutes ses forces. Ses estrivieres estoient de chordes : du cousté hors le montouoir, son soulier fenestré estoit si fort entortillé qu’il ne le peut oncques tirer. Ainsi estoit
trainné à escorchecul par la poultre, tousjours multipliante en ruades contre luy et fourvoyante de paour par les hayes, buissons et fossez. De mode qu’elle luy cobbit toute la teste, si que la
cervelle en tomba près la croix Osanniere, puys les bras en pieces, l’un çà, l’aultre là, les jambes de mesmes, puys des boyaulx feist un long carnaige, en sorte que, la poultre au convent
arrivante, de luy ne portoit que le pied droict et soulier entortillé.
La pouliche, prise de peur, se mit à trotter, pétarader, bondir et galoper, lançant ruades, coups de reins et doubles coups de pieds, jusqu’à ce qu’elle projette Tappacoue à terre, bien qu’il se fût agrippé de toutes ses forces à l’arçon de la selle.
Les étrivières étaient faites de cordes ; du côté opposé au montoir, son soulier ajouré s’y trouva si violemment emmêlé qu’il ne put jamais s’en dégager.
Ainsi fut-il traîné sans relâche par la pouliche, qui redoublait de ruades contre lui et, affolée, se jetait à travers haies, buissons et fossés.
Elle lui fracassa la tête si violemment que sa cervelle se répandit près de la croix d’Osannière ; puis ce furent les bras, réduits en pièces, l’un ici, l’autre là, les jambes de même, et des entrailles elle fit un long carnage.
De sorte que, lorsque la pouliche arriva au couvent, dudit Tappacoue il ne restait plus qu’un
pied droit, encore pris dans son soulier emmêlé.
#Rabelais #QuartLivre #EquitationMedievale #HumourNoir #CultureEquestre #ChroniquesEquestres
Écrire commentaire